Madame Élisabeth de France

03/05/2023


Le 3 mai 1764, Marie-Josèphe de Saxe, épouse du Dauphin Louis de France, aîné des fils du roi Louis XV de France et de Navarre, donnait le jour à la Princesse Élisabeth Philippine Marie Hélène à Versailles.

La princesse Élisabeth, sœur du futur roi Louis XVI, fut baptisée le jour même de sa naissance par Monseigneur de la Roche-Aymon, Grand Aumônier de France. Elle rejoint ensuite ses frères et sœurs, les ducs de Berry, comtes de Provence, d'Artois et Madame Clotilde dans l'aile des Princes.

Le dauphin Louis de France mourut de tuberculose le 20 décembre 1765, à un peu plus d'un an après la naissance de sa fille. Marie-Josèphe de Saxe décédera deux ans plus tard, emportée par la maladie qu'elle avait attrapée en soignant son époux, le 13 mars 1767, laissant ses cinq enfants orphelins. La petite princesse Élisabeth n'avait pas encore trois ans, aussi fut-elle élevée par Madame Marsan, gouvernante des Enfants de France.

La princesse Élisabeth montra rapidement un caractère rebelle : elle reçut cependant une excellente éducation, ainsi qu'une instruction scientifique si sérieuse qu'elle devient une excellente mathématicienne à l'âge adulte : ses tables de logarithmes furent en effet publiées et utilisées.

La Princesse Élisabeth se fait connaître pour sa piété, qui l'aide à surmonter le départ de sa sœur et compagne d'enfance qui avait épousé le Prince de Piémont. En 1770 la famille accueille la jeune archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche, épouse de Louis XVI, alors qu'Élisabeth n'a que six ans, puis en 1771 et 1773 les épouses des comtes de Provence et d'Artois, Joséphine et Marie-Thérèse de Savoie.

La jeune Marie-Antoinette écrivait au sujet d'Élisabeth que « C'est une charmante enfant qui a de l'esprit, du caractère et beaucoup de grâce  ».

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La jeune fille a du charme, et les yeux bleus, elle est souriante et agréable. On envisage son mariage avec l'Infant du Portugal, l'Empereur d'Autriche, Joseph II, mais aucune concrétisation ne s'ensuit. La jeune Élisabeth n'est pas non plus attirée par la vie religieuse. Elle apprécie la vie au grand air, elle est intrépide et s'adonne à l'équitation.

Ses cavalcades ont même obligé Louis XVI à élaguer les bois de Versailles.

Installée au domaine de Montreuil par le roi Louis XVI, elle se consacre à visiter les pauvres et les malades, à écouter les gens du peuple, si bien qu'elle est bientôt surnommée la « Bonne Madame Élisabeth ». La princesse fait venir de Suisse la promise de son vacher qui se morfondait et fait célébrer leur mariage en l'église Saint-Symphorien : C'est l'origine de la fameuse comptine Pauvre Jacques.

Domaine de Montreuil

Favorable à la variolisation qui permet de se prémunir contre la petite vérole, une maladie contagieuse mortelle et fréquente à l'époque, qui pouvait laisser des cicatrices au visage des personnes atteintes, la princesse Élisabeth fait appeler son médecin, Le Monnier : elle fait bénéficier gracieusement ses dames ainsi que les paysans de ses terres des progrès de la médecine.

Elle fit aussi preuve d'une grande générosité en utilisant les étrennes que le roi Louis XVI lui donnait pour aider une jeune fille noble à se constituer la dot nécessaire pour épouser le marquis dont elle était éprise.

Les armes de Madame Élisabeth, fille de France

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Les tensions révolutionnaires arrivent bientôt. Madame Élisabeth a vint-cinq ans lorsque les États-Généraux sont ouverts. Dès le 14 juillet, Madame Élisabeth comprend quels dangers menacent la famille royale. Elle prend alors la décision de demeurer aux côtés des siens : c'est ce qu'elle fait dès les 5 et 6 octobre 1789 où elle s'installe aux Tuileries, soutenant le couple royal.

La jeune Élisabeth affronte parfois le couple royal sur les stratégies politiques que Louis XVI souhaitent mettre en œuvre : elle adopte des positions ultra. Elle s'opposa ainsi à la constitution civile du clergé et à toute mesure qui diminuait les prérogatives royales ou celles de l'Église.

Le 10 février 1790, alors que Louis XVI renouvelle le vœu de Louis XIII à Notre-Dame de Paris, Madame Élisabeth fonde une association de prières et de sacrifices pour obtenir la protection de la France.

Les événements s'enchaînent ensuite. Lorsque le roi est suspendu par l'Assemblée législative le 10 août 1792, Élisabeth est envoyée en détention à la Prison du Temple avec le couple royal et leurs enfants. Malgré l'insistance du roi qui lui avait répété de partir, Madame Élisabeth avait décidé de rester auprès de son frère.

Les nuits sans sommeil la laisse amaigrie et la transforment. Elle recourt alors à la prière quotidienne, et écrivit alors la fameuse prière « Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu, je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que Vous ne l'ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J'adore vos Desseins éternels, je m'y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j'accepte tout, je Vous fais un sacrifice de tout ; j'unis ce sacrifice à Celui de votre cher Fils, mon Sauveur, Vous demandant, par son Sacré-Cœur et par ses Mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui Vous est due pour tout ce que Vous voudrez et permettrez. Ainsi soit-il. »

Elle est alors le pilier qui soutient la famille. Elle soutient Marie-Antoinette et la prépare à rester seule, ne pensant pas à son propre sort. On écrit d'elle le 22 avril 1793 : « sa maigreur est, dit-on, effrayante, mais la religion la soutient ; elle est l'ange consolateur de la Reine et des enfants  ».

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Le 2 août 1793, la reine part pour la Conciergerie pour le procès devant le Tribunal révolutionnaire. Puis le 9 mai 1794 c'est le tour de Madame Élisabeth : elle est jugée dans un procès inique, sans contact avec son avocat, Chauveau-Lagarde. Durant le procès, l'accusateur public la traite de « sœur d'un tyran » ; Élisabeth aurait répliqué : « si mon frère eût été ce que vous dites, vous ne seriez pas là où vous êtes, ni moi, là où je suis ! ».

Âgée de trente ans, elle est condamnée à mort avec vingt-quatre victimes, qu'elle aide à se préparer à mourir. Elle réussit encore à sauver la vie de la comtesse de Sérilly, en l'obligeant à déclarer sa grossesse.

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Le 10 mai 1794, elle est conduite en charrette à la place de la Révolution, et c'est seulement là qu'elle apprend le sort qui a été réservé à Marie-Antoinette. Sur le passage de la charrette, «  le peuple l'admir[a] et ne l'insult[a] point  ».

Lorsque la charrette s'arrêta, la princesse se leva la première, raffermissant ses compagnons : «  Nous allons tous nous retrouver au Ciel  ». Les compagnons s'embrassent, puis la princesse récite le De Profundis. À son tour, en dernière, elle gravit avec fermeté, les marches de l'échafaud. Puis, dans un dernier geste de dignité, elle demande qu'on la couvre de son fichu avant de basculer sur la guillotine.

Les relations et Mémoires de ce temps s'accordent à dire qu'à l'instant où elle reçut le coup fatal, une odeur de rose se répandit sur la place de la Révolution.

Son corps fut dénudé, et jeté dans une fosse commune au cimetière des Errancis, aujourd'hui disparu. Son corps n'a pu être ni retrouvé ni identifié.

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Madame Élisabeth de France est sans aucun doute une de nos plus belles héroïnes de France. Elle aimait son peuple et son pays, elle se montra un modèle de courage, de force et de conviction, surmontant la peur et les épreuves, remplissant à merveille et d'une façon particulière sa mission de femme et de soutien du pays, à travers son soutien au couple royal.

Elle est une des ces figures à la fois angéliques et fougueuses, à la fois délicates et féroces, dont nous devons honorer la mémoire avec respect et fierté.

H. Lefort


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